mercredi 5 décembre 2007

Londres, interpretations multiples

Faut croire que ca fait partie de l'experience culturelle: je viens de me faire pick-pocketer mon porte-feuille dans un autobus bonde en retournant a la maison. Par chance, il n'y avait presque pas d'argent et j'ai eu la brillante idee de garder ma carte de debit a la maison (mais pas de credit... elle est donc maintenant annulee), donc je ne me retrouve pas trop mal prise malgre tout!

C'est juste frustrant de se faire avoir comme ca! Entre le moment ou je me suis levee de mon siege et celui ou je suis sortie de l'autobus pour me rendre compte que mon sac etait ouvert, le voleur a du avoir autour de 30 secondes pour agir... Ce sont vraiment des pros! Le pire c'est que je trouvais le gars qui se tenait derriere moi, ainsi que ses amis, plutot louche, ce qui m'arrive assez rarement car je ne suis pas une personne tres mefiante. Compte tenu que c'est fort probablement lui qui a commis le mefait, on peut dire que je dois avoir un bon instinct...

En fait je suis surtout decue d'avoir a vous rapporter cet incident car j'avais decide aujourd'hui de parler de Camberwell, le quartier ou je vis. Et c'est dommage parce que mon quartier a mauvaise reputation et que je voulais dementir ce prejuge. Ceci etant dit, le vol est tres repandu a Londres, et ce, dans tous les quartiers, en particuliers ceux ou il y a beaucoup de touristes (ce qui n'est pas le cas de Camberwell). La preuve: une de mes colocs s'est fait prendre son sac en allant danser dans un club pas plus tard qu'il y a deux semaines. J'ose donc croire que vous n'associerez pas necessairement l'evenement specifiquement a mon quartier et que ma defense de celui-ci vous convaincra malgre tout.

Alors, laissez-moi vous presenter Camberwell, un sous-quartier faisant partie du quartier de Southwark (ca a l'air complique cette histoire de sous-quartier, mais dites-vous que c'est comme Hochelaga et Maisonneuve dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Deux sous-quartiers dans un quartier), faisant partie, bien evidemment, de Londres ("l'arbre est dans ses feuilles malurons, malure, l'arbre est dans ses feuilles malurons donde..."). Pour etre exacte, mon appartement se trouver dans le quartier de Lambeth, mais tellement a la frontiere de Camberwell que c'est a ce dernier que j'associe mon voisinage.

Il faut d'abord comprendre que la ville de Londres est separee en deux par la Tamise, ce qui cree aussi dans l'imagination des londoniens une separation mentale: North London et South London. Je vais vous resumer tres grossierement ce que cela implique:
North London = "the City" (la ou les gens en vestion-cravate travaillent et gagnent beaucoup d'argent), attraits touristiques et monuments en grand nombre, population surtout blanche et d'origine anglaise, a l'exception de certains quartiers plutot musulmans ou est-asiatiques.
South London = crime, ne t'y promene pas le soir, population a majorite africaine et caribeenne.
Bref, South London est victime de tous les prejuges que les gens ont des quartiers "noirs", a Londres comme ailleurs.

J'en vois deja parmi vous sourciller, surtout mes parents ("tu ne nous avais pas dit que tu habitais un quartier dangeureux ma fille!"), ce qui est une reaction tout a fait normale et bien comprehensible. Mais laissez moi vous dire que ca ne sert a rien d'essayer d'etre politically correct: c'est clairement parce que le quartier est "noir" que les londoniens du nord en ont peur. Car pour etre bien honnete, c'est surtout un quartier familial... Il y a beaucoup de petits magasins et d'epiceries de toutes sortes, les gens se connaissent et se saluent dans la rue, je vois meme souvent des jeunes femmes seules s'y promener le soir. Peut-etre que ca crie un peu plus qu'ailleurs (je pense a une de mes voisines en disant cela...), mais c'est vivant et je m'y sens sincerement en securite. Je vais neanmoins faire mon propre proces et admettre que les premiers jours ou j'ai habite ici, bien des idees preconcues me sont aussi passes par la tete, parce qu'on se fait dire qu'il faut avoir peur. Mais j'ai tres vite realise que ces idees n'etaient pas fondees et je peux affirmer que je me sens bien a Camberwell.

J'en ai discute avec mon coloc marseillais qui a habite le nord de Londres pendant quelques mois. Il s'etait fait dire lui aussi de faire attention lorsqu'il etait au sud de la Tamise. Il m'a par ailleurs confirme qu'il trouvait le quartier securitaire lui aussi et ce, contrairement a certains quartiers de Marseille ou, parait-il, il ne faut serieusement pas s'aventurer. Ma conversation avec lui a donc renforce cette theorie qui se pointait le bout du nez dans ma tete depuis quelques temps, a savoir que la realite dans mon quartier est finalement moins pire que ce que ceux qui n'y habitent pas le laissent entendre...

Evidemment, je ne suis pas innocente non plus. Londres est de loin une ville plus violente que Montreal de maniere generale et il faut y prendre ses precautions. Il est aussi evident que la criminalite a Camberwell est plus importante que dans un quartier riche comme Hampstead par exemple. J'ai aussi vu une statistique dans le journal qui disait que mon quartier etait celui ou l'on retrouvait le plus haut taux de meres-adolescentes. Et bien que je ne sois pas experte en donnees socio-economiques, je peux toutefois vous dire que Camberwell est bien plus pauvre que d'autres regions de la ville. En d'autres mots, la vie n'y est pas rose tous les jours pour tout le monde.

Ce qui m'amene a vous parler de l'immigration a Londres. Depuis que je suis arrivee, j'ai l'impression que tout le monde est un etranger (moi comprise). Mes colocs sont polonais, francais, americain, mexicain. Que ce soit pour y etudier ou pour y travailler, presque tous ceux que j'ai rencontre viennent d'ailleurs. Ajoutez a cela les 30 millions de touristes par annee... Londres est une ville par laquelle on ne fait que passer. Meme ceux qui y sont installes et qui y passeront leur vie referent d'abord a leur identite "d'ailleurs" avant de se definir comme Londonien, ou pire, comme Anglais, dans les rares cas ou ils le feront. Il est donc tres difficile de developper un sentiment d'appartenance.

Je crois que ceci est en partie du au fait que pour pleinement profiter de tout ce qu'offre la ville, ca prend de l'argent, beaucoup d'argent. La vie a Londres coute extremement cher, meme pour les besoins de base comme le logement et la nourriture, ce qui fait que les seuls qui gagnent assez pour faire la vida loca, ce sont qui travaillent dans les tours "in the City" (et encore). Vous ne serez pas surpris d'apprendre qu'en tres grande majorite, ceux-ci sont Anglais d'origine. Compte tenu qu'il y a 7,6 millions d'habitants a Londres, ca fait quand meme pas mal de monde au final pour profiter des bons restos, des evenements glamours et des clubs branches, mais je serais curieuse de voir les chiffres en pourcentage... Alors vous comprendrez que pour tout un pan de la population, ceux qui n'en profitent pas pleinement, la vie a Londres est plus grise, plus moche que l'image de ville debridee et excitante que l'on s'en fait de l'exterieur. Et la, vous me voyez arriver a cent miles a l'heure: ce pan de population, il est surtout issu de l'immigration. D'ou la difficulte a se sentir chez soi. Lorsqu'on a l'impression qu'on appartient a une classe a part, c'est bien normal, non?

Pour etre juste envers les Londoniens, je dois par contre souligner que leur ville et leur pays ont aussi certains avantages. L'accessibilite aux musees et a diverses activites culturelles qui est tres souvent gratuite ou a prix modiques pour les etudiants, les sans-emplois et les personnes agees est mon exemple prefere (ou du moins, celui dont je profite le plus!). Je pense aussi que comparee a d'autres grandes villes du monde, la segregation "etranger/non-etranger" reste quand meme un peu moins tranchee qu'ailleurs (ici, il y a des Anglais qui travaillent dans le domaine de la construction ou dans le domaine des services comme la restauration et des immigrants ou des minorites visibles qui travaillent pour les grands bureaux "in the City", ce que l'on voit nettement moins a New York par exemple). De plus, la societe anglaise est tres liberale (grand respect pour les libertes individuelles, mentalite de vivre et laissez vivre), ce qui fait que les gens qui le desirent peuvent porter des habits traditionnels et pratiquer leur religion sans que cela cree une commotion et une commission Bouchard-Taylor.

Londres est donc un melange un peu etrange de tolerance et de prejuges, d'ouverture et de repli sur soi. Notez que je ne vous ai dresse qu'un tableau a gros traits; il y aurait milles nuances a apporter. La principale etant que les gens que je cotoie de pres ici, mes amis, mes collegues, n'entrent pas vraiment dans les categories que j'ai pu dessiner tout au cours de ce texte... Comme quoi j'ai peut-etre tout faux!

2 commentaires:

Philauloin? a dit…

Laurence! Dire que tu oses m'envoyer un message me rappelant ton blog! Je suis assûrément ton lecteur le plus fidel du Venezuela!

Bonne chance et fais attention à toi...

Anonyme a dit…

Oui, probablement il est donc